Un ouvrage qui n’a rien à voir avec une couverture
Sur une toiture en pente, l’eau part par gravité et chaque élément recouvre le suivant : une tuile mal posée fait une fuite locale, réparable en la remplaçant.
Sur une toiture-terrasse, la pente est de 1 à 5 %, parfois nulle. L’eau stagne avant d’atteindre les évacuations, et rien ne l’empêche d’entrer sinon la continuité d’une membrane. Le moindre percement, la moindre jonction mal soudée suffit, et l’eau chemine ensuite sous la membrane sans qu’on puisse la suivre.
C’est pourquoi le métier est distinct de celui du couvreur : l’étancheur travaille la continuité et les points singuliers, pas la pose d’éléments. Sur la façade atlantique, ces ouvrages se rencontrent surtout sur le bâti contemporain, les extensions et les collectifs urbains, ainsi que sur les garages et annexes des maisons de lotissement.
Les trois familles de membranes
Le bitume modifié (SBS ou APP), posé en bicouche soudée au chalumeau. C’est la solution la plus répandue et la plus tolérante aux irrégularités du support. Elle se répare facilement par pièce soudée, et sa durée de vie atteint trente ans. Elle est lourde et exige un support qui l’accepte.
Le PVC, en membrane monocouche fixée mécaniquement ou collée. Léger, rapide à poser, il convient bien aux grandes surfaces et aux supports en bac acier. Il vieillit par rétraction et devient cassant, ce qui rend les reprises tardives délicates.
L’EPDM, un caoutchouc synthétique posé en lés très larges, donc avec peu de jonctions. Il supporte remarquablement les UV et les mouvements du support, mais ses collages exigent une rigueur de mise en œuvre que tous les poseurs n’ont pas.
Les points qui lâchent en premier
Presque aucune infiltration ne vient de la pleine surface. Elles viennent toutes des mêmes endroits.
Les relevés. La membrane doit remonter au moins 15 cm sur les murs périphériques, protégée par un solin ou une bande. Quand ce relevé se décolle ou que le solin se fissure, l’eau entre par le haut sans jamais toucher la partie horizontale.
Les évacuations pluviales. Une crapaudine obstruée transforme la terrasse en bassin. La charge d’eau sollicite alors l’ouvrage sur toute sa surface, et trouve le moindre défaut. Le dégagement des évacuations est le geste d’entretien le plus rentable sur ce type de toiture.
Les traversées. Sorties de ventilation, passages de câbles, pieds de garde- corps, supports de climatiseur. Chaque percement est une jonction entre deux matériaux qui ne se dilatent pas de la même façon.
Les angles et les jonctions de lés. Les soudures de recouvrement se fatiguent d’abord dans les angles rentrants, où la membrane est pliée.
Entretenir plutôt que reprendre
Une toiture-terrasse se visite une à deux fois par an, et l’essentiel tient en quelques gestes : dégager les évacuations et les crapaudines, retirer la végétation (les graines germent dans les dépôts et les racines finissent par percer la membrane), contrôler les relevés et les solins, et vérifier qu’aucune flaque ne persiste plus de 48 heures après une pluie.
Une flaque permanente signale un défaut de pente ou un affaissement du support : elle accélère le vieillissement de la membrane à cet endroit précis, et c’est généralement là que la première fuite apparaîtra.
Sur les terrasses accessibles, méfiez-vous des aménagements ajoutés après coup. Un plot de terrasse bois mal calé, un pied de parasol, une jardinière posée à même la membrane : ce sont des causes de percement bien plus fréquentes que le vieillissement du matériau.